Le plus grand rassemblement de musulmans de France se déroule jusqu'à ce soir au Bourget. Au coeur des conversations : le renouvellement dans un mois du CFCM (Conseil français du culte musulman), créé il y a cinq ans et miné par les querelles internes.
SOUS LES HANGARS du parc des expositions du Bourget (Seine-Saint-Denis) une simple cloison sépare la grande salle de prière des
stands dédiés aux corans, objets de culte, robes de princesse des 1 001 Nuits et hidjabs. La 25e Rencontre des musulmans de France qui se clôt ce soir, organisée par l'Union des organisations
islamiques de France (fondamentaliste), est le plus grand rassemblement de l'islam de France. Un faux air de Foire de paris où se mêlent religion, politique et commerce mais où la plupart des
visiteurs ne se revendiquent d'aucune obédience particulière. Dans les allées du salon, les femmes voilées croisent des jeunes filles en jean, des hommes en djellaba côtoient des ados en
tee-shirt. Quelque 115 000 personnes, venues de toutes les régions de France, sont attendues jusqu'à ce soir pour assister aux débats ou faire leurs emplettes.
« Ils ne s'intéressent pas du tout à nous »
Mais à un mois du scrutin qui va renouveler les instances du Conseil français du culte musulman, beaucoup ont en tête la crise qui couve au sein de cette structure représentative de l'islam de
France, mise en place en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur. « Le CFCM, c'est une grosse blague, réagit Zora, 34 ans. Quel rôle a-t-il joué ? Pourquoi ne s'est-il par exemple
pas mobilisé quand l'association SOS pèlerin a tiré la sonnette d'alarme en dénonçant les arnaques autour des pèlerinages à La Mecque ? » Youcef, 34 ans, est aussi dubitatif. « Il n'a aucune
utilité et les luttes de pouvoir intestines sont loin des préoccupations des musulmans », estime ce jeune d'Aubervilliers qui se dit « pratiquant régulier lambda ». Ce conseil me semble surtout
avoir été créé pour tenter de contrôler les musulmans. » « Ils ne s'intéressent pas du tout à nous, regrette Salah. Tout se passe là-haut, avec le gouvernement. » « On ne sent pas que le CFCM
pèse dans les décisions, estiment Sofiane et sa femme, Hanane. Les membres du conseil devraient tous défendre nos intérêts, faciliter la construction de mosquées, faire en sorte que l'image de
notre religion change dans la société. Au lieu de ça, ils se querellent entre eux ! »
En coulisses, la guerre de succession a bien commencé. Dalil Boubakeur, président du CFCM, miné par d'incessantes luttes de personnes et un bilan plutôt médiocre (lire l'encadré) , a
annoncé que sa fédération ne participerait pas aux élections du 8 juin. Pour justifier sa défection, celui qui se présente comme un tenant de l'islam modéré, dénonce l'« iniquité » des critères
de désignation des grands électeurs qui, selon lui, favorisent « l'émergence d'une représentativité qui ne reflète en rien la sociologie de l'islam de France ». Candidat à sa succession, le
vice-président de l'UOIF, Fouad Alaoui, a déclaré hier que « le CFCM n'arrive pas à porter un projet qui satisfasse les musulmans de France. Le moment du changement est arrivé ».
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