L’ association SOS-Pèlerin a annoncé, jeudi 24 avril, son intention de déposer une plainte collective auprès du procureur de la République de Paris et de se porter partie civile pour dénoncer les "abus de confiance" et les "escroqueries" survenus dans l'organisation du pèlerinage à La Mecque (Arabie saoudite), qui s'est déroulé en décembre 2007. L'association aurait collecté 4 000 plaintes ; son avocat doit maintenant préciser l'identité des victimes et lister les préjudices subis.
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Si elle aboutit, cette action sera la première d'une telle ampleur dans un domaine où des arnaques diverses touchent, chaque année, plusieurs centaines de personnes sur les quelque 30 000 pèlerins qui partent de France, un chiffre en constante progression. Jusqu'à présent, seules quelques actions individuelles ont été entreprises et, ponctuellement, des agences de voyage ont été mises en cause.
MARCHÉ CAPTIF
"En 2007, 3 500 pèlerins, qui avaient payé plus de 3 000 euros pour effectuer le hajj (pèlerinage), n'ont pas pu partir. Certains sont parvenus à se faire rembourser, d'autres non", affirme Zakaria Nana, président de SOS-Pèlerin, qui, depuis 2005, s'est donné pour objectif " d'assainir ce marché de plus de 250 millions d'euros laissé aux mains d'un réseau mafieux".
"Aujourd'hui, les infrastructures existantes permettent d'organiser le départ et le séjour sur place dans de bonnes conditions de 6 500 personnes maximum", assure-t-il. " Il faudrait instaurer en France des quotas, comme c'est le cas dans les pays musulmans". Traditionnellement, les pèlerins ne prennent pas la peine d'organiser leur voyage eux-mêmes et s'en remettent à des rabatteurs, liés à une association musulmane, à une mosquée ou à leur pays d'origine.
Trompés par certains de ces intermédiaires peu scrupuleux, des voyageurs achètent de faux visas saoudiens (8 000 cette année, selon SOS-Pèlerin) ou des prestations (hôtel, transport, assurance, guide) qui se révèlent inférieures à celles promises. Dans des cas extrêmes, comme cette année, ils ne peuvent pas partir, l'agence de voyage créée pour l'occasion ayant fait faillite.
Mis explicitement en cause par SOS-Pèlerin, les représentants du Conseil français du culte musulman (CFCM), qui dispose depuis sa création, en 2003, d'une commission spéciale censée améliorer l'organisation du pèlerinage, se félicitent officiellement d'une telle action en justice.
"Elle permettra à chacun d'assumer ses responsabilités", indique le délégué général du CFCM Chems Eddine Hafiz. "Paralysé par ses querelles internes, le CFCM n'a pas pu se pencher sur ce dossier de fond", reconnaît-il. "Il est vrai qu'il y a des agences de voyage qui n'ont d'agence que le nom. Il faut mettre un coup de pied dans la fourmilière et poursuivre ceux qui ont baigné dans ces magouilles."
Nombre de responsables d'associations et d'institutions musulmanes sont des acteurs connus de ce marché captif : une imbrication d'intérêts qui en complique l'assainissement.
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